7 à la maison : une série pas comme les autres

Avec sa famille de carte postale, sa mièvrerie patente, ses leçons de morale pieuse, ses tentatives d’humour consternantes, ses intrigues qui démarrent à la moitié de l’épisode et tournent autour de détails insignifiants, regarder 7 à la maison relève de l’exploit.

Pourtant il existe un angle qui peut renouveler l’intérêt que l’on porte à une telle série : la science-fiction. Qui dit science-fiction évoque à coup sûr des images futuristes, pourtant les œuvres de science-fiction ne se situent pas toujours dans le futur : c’est le cas des uchronies, qui se basent sur une déviation du cours de l’histoire telle que nous la connaissons. Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick est un exemple fameux : le roman part du postulat simple mais redoutable de la victoire de l’Axe au débouché de la seconde guerre mondiale. Le steampunk est un genre entier de S.-F. se situant dans la période de la révolution industrielle, à ceci près que la vapeur reste la source d’énergie dominante et où l’électricité est peu ou pas répandue.

En ce qui concerne les séries télé, on peut citer Sliders et ses univers parallèles comme étant de la science-fiction ne se situant pas dans le futur. D’une manière générale, l’écrivain Neal Stephenson a résumé la situation en disant que « l’approche de la science-fiction n’est pas forcément futuriste, c’est la conscience d’avoir affaire à quelque chose de différent »1.

Happy
Nous opterons pour un contrôle mental du chien de la planète Purita One

Avec 7 à la maison, nous avons clairement affaire à quelque chose de différent. S’immiscer au cœur du foyer d’un pasteur supposait peut-être de découvrir les interrogations, voir les doutes, d’un homme de foi. Nous aurions également pu découvrir la difficulté d’avoir sept enfants à charge pour une mère au foyer ? Ou bien les exactions commises au nom d’un carcan moral trop lourd ? Que nenni. Rien ne semble échapper de la bulle opaque dans laquelle est maintenue la série tout du long. Les parents Eric et Annie Camden sont les détenteurs de la vérité, eux seuls savent faire la différence entre le bien et le mal, flambeau qu’ils passeront ensuite à leur progéniture. Au delà de tout reproche et de toute ambiguïté morale, toujours bien propres sur eux et bien coiffés, nous assistons, béats, à leur pérégrination d’enfants parfaits qui ne ressemblent à aucun individu que nous connaissons. Au bout d’un moment, l’évidence s’impose d’elle-même : nous avons affaire à des extraterrestres.

Il s’agit tout de même d’un choc culturel pour nous, français, habitués à des mœurs un peu plus libérées. Nous assistons, médusés, à une lutte continuelle contre les péchés, si mineurs soient-ils, toujours avec la certitude affichée des scénaristes qu’il existe une bonne façon de faire les choses, versus une mauvaise. Pour peu que vous buviez un peu d’alcool étant jeune, que vous aimiez faire la fête sans tenir vos parents au courant et que, ô grand dam, fumiez2 ou ayez eu des rapports sexuels avant le mariage sans que votre vie s’effondre autour de vous, il vous sera difficile de suspendre votre incrédulité devant 7 à la maison, qui semble évoluer dans une dimension différente de notre réalité commune. Ne serait-ce qu’au niveau formel, la série possède une patte particulière tant elle est régressive visuellement : mouvement de caméra inexistant, éclairage fade, fixité surnaturelle des plans sur les visages (influence de Cronenberg ?), c’est comme si tout passait par la lentille déformante des puritains américains.

Ne nous méprenons pas : il existe en effet une partie non négligeable de la population américaine tout à fait réceptive aux thèmes exhibés par la série, sinon l’aventure n’aurait pas durée 11 saisons et n’aurait pas été le programme phare de la chaîne The WB3. On peut en revanche s’interroger  sur la diffusion de la série sur les chaînes françaises, tant les valeurs qu’elle promeut sont peu courantes ici. Nous pencherons donc pour une exploitation par le public de la série à des fins perverses.

 

  1. Catherine Asaro, « A Conversation with Neal Stephenson », SF Site, septembre 1999. []
  2. Et je ne parle même pas du joint occasionnel, qui constituerait l’horizon des événements moraux pour la famille Camden. []
  3. 7th Heaven, Wikipedia, the free encyclopedia []