The Good Wife : quand les networks sont bons

Vous l’avez peut-être remarqué, Sérialogies n’a pas l’air de porter dans son cœur les séries des grandes chaînes de télévision américaines. Les comparaisons qui émaillent le site avec des shows issus de chaînes câblées comme HBO ou AMC jouent souvent en leur défaveur. Ainsi, il est peut-être utile de remettre les pendules à l’heure.

Les grands chaînes — qu’on appelle networks — sont publiques et donc accessibles à un très grand nombre de téléspectateurs. Seulement elles ne sont pas seules, et une concurrence féroce se joue dans ce qu’on appelle le Big Four, les quatre plus grandes chaînes du paysage américain que sont NBC, CBS, ABC et la dernière née, Fox. L’objectif est de récupérer le plus de parts de marchés chaque soir, ce qui a pour effets d’augmenter le prix de spots publicitaires, principale source de revenus des chaînes publiques. Pour cela, les méthodes sont nombreuses, mais dans le cadre des séries, elles ne peuvent pas être réduit au simple marketing. Ce peut être la cause première pour qu’un spectateur regarde un épisode d’une série qu’il ne connaît pas, mais pour regarder le suivant, le choix se fera au delà de la promotion des chaînes et incombera à la qualité de la série elle-même.

Les chaînes câblées n’ont pas ce problème d’audience fluctuante vu que leur source de revenus principaux est basée sur les souscriptions de leurs abonnés. Qu’ils regardent ou pas un programme importe peu au final, ils devront toujours payer la même somme à la fin du mois. L’enjeu est donc de les garder sur le long terme, et pour cela, elles doivent proposer des programmes différents de ceux librement accessibles sur la télévision publique.

Nous avons ainsi deux approches différentes du programme télé : l’une se développant dans le temps, et qui dit temps dit plus de soin et d’attention porté à l’originalité des séries en terme d’intrigues et de caractérisation, et l’autre qui s’occupe de maintenir l’attention des spectateurs sur le court terme en privilégiant la forme et l’accessibilité. Une telle classification peut paraître manichéenne et tournée en faveur des séries du câble, mais en réalité les deux approches ont leurs atouts et leurs défauts.

Pour les chaînes câblées, l’approfondissement des séries résulte souvent en une atmosphère particulière et une sophistication qui peuvent en aliéner plus d’un. Le pire travers qui les guette est la prétention. Les networks ont la qualité de rendre leurs séries accessibles au plus grand nombre grâce à leur simplicité — et la simplicité ne confine pas forcément au simplisme — au risque qu’elles paraissent formatées. Le plus grand défaut qui les saisit parfois est de prendre les spectateurs pour des cons.Julianna Margulies est Alicia Florrick

Nous pouvons d’ores et déjà dire que The Good Wife est une série qui respecte notre intelligence — à la différence de Grey’s Anatomy par exemple. La série reste accessible au plus grand nombre et ne tombe pas dans le didactisme invétéré. Elle renonce aux procédés démagogiques qui manipulent le spectateur, comme la petite musique utilisée pour souligner une scène comique ou les longs monologues d’explication. Elle verse dans les débats éthiques et politiques sans prendre parti et garde un œil ouvert sur le racisme dans la société américaine, sans l’exagération d’un film comme Crash.

Les minorités y sont d’ailleurs représentées d’une façon un peu plus réaliste que ce n’est le cas chez ses consœurs, en centrant l’action dans une ville où les afro-américains constituent un tiers de la population1. Les femmes ont également une place de choix, puisque trois d’entre elles sont des personnages principaux, et toutes sont capables, indépendantes et pugnaces. En ce sens, The Good Wife apporte sa contribution aux combats sociaux de notre époque.

Le personnage d’Alicia Florrick est un des rares cas où nous avons un personnage principal féminin à l’écran qui n’est pas représenté comme une dinde écervelée, et Julianna Margulies est une bonne actrice aux rides charismatiques (que la production croit bon de surmaquiller, hélas). En revanche, elle souffre d’un défaut que nous croyions révolu  : son sens aigu de la moralité, l’obsession de faire le bien et de corriger les maux du monde, ce qui nous renvoie 15 ans en arrière dans l’histoire de la télévision, comme si des personnages comme Jim Profit ou House n’avaient pas existé et, depuis, changé la donne. Mais, hey, le show ne s’appelle pas The Good Wife pour rien, et peut-être que cela évoluera au cours du temps.

On se passerait également des leçons de parenting des enfants Florrick et des idées bizarres des puritains sur le sexualité2. Sexualité qui, au niveau de Kalinda devrait susciter l’intérêt mais qui nous laisse totalement indifférents. Ce personnage, dont manifestement les scénaristes sont tombés amoureux, se rapproche plutôt d’une Mary Sue et constitue l’un des points noirs de la série. Heureusement, les autres personnages secondaires sont là pour rattraper le coup.

Quoi qu’il en soit, The Good Wife se bonifie avec le temps. La qualité est au rendez-vous pour cette série de network à l’exécution limpide et que l’on suit sans passivité.

  1. Chicago city, Illinois – ACS Demographic and Housing Estimates: 2006-2008 []
  2. Quel risque y-a-t-il de laisser une fille de 16 ans seule avec un enfant de 14 ans dans une chambre, vraiment ? []