Le problème gay dans Star Trek

Ceci est une traduction de la page d’accueil d’un site intitulé Gay, Lesbian & Bisexual Star Trek qui traite de l’échec de la franchise dans son ensemble à représenter la diversité sexuelle chez les êtres humains alors qu’elle s’est toujours revendiquée progressiste.

Personnages gays, lesbiens et bisexuels dans Star Trek

Une saga de 12 années de tromperies, de mensonges, d’excuses et de promesses non tenues.

Kirk et Uhura s'embrasse

La série originale Star Trek des années 60 est encore fameuse pour son premier baiser interracial qui a bousculé les conventions. Mais 30 ans plus tard, Star Trek n’a pas fait un pas de plus en avant. Les combats contre le racisme et les inégalités homme-femme ayant été gagné dans l’ensemble, le combat des gays et des lesbiennes est devenu le dernier bastion pour l’égalité des droits civiques. La télévision s’est ajusté aux changements d’attitude par rapport à l’homosexualité, en éliminant les stéréotypes les plus insultants dans un premier temps, puis en incluant des personnages principaux gays, lesbiens ou bisexuels dans un second temps. Soap avait un personnage gay en 1977, Dynasty en 1981 et Melrose Place en 1992. Puis vint Ellen en 1997 qui a ouvert la porte aux protagonistes gays. Rapidement, cela a mené au premier sitcom dont les personnages principaux n’étaient pas attirés par les femmes (Will & Grace) et le premier baiser romantique diffusé en prime-time entre deux adolescents mâles (Dawson’s Creek).

Et où en est Star Trek ? Embourbé dans les années 60, produisant des épisodes antiracistes (« Far Beyond the Stars » dans DS9), s’imaginant progressiste en ayant une femme capitaine de vaisseau et maintenant un embargo non écrit ni déclaré contre tout personnage n’ayant pas une préférence exclusive pour le sexe opposé. La série télévisée si fière de sa diversité continue à ne pas vouloir inclure de personnage gay, lesbien ou bisexuel et renvoie donc un message particulièrement offensant. L’absence de personnage non-hétérosexuel n’est une offense en soi, c’est l’absence de tels personnages combiné avec la prétention et l’arrogance d’imaginer une société évoluée, si ce n’est idéale. Le message est le suivant : « vous n’êtes pas supposés exister. Dans une société parfaite, vous n’existeriez pas. »

L’échec de Star Trek dans sa représentation de la diversité des orientations sexuelles chez les êtres humains (et je ne parle même pas des aliens) n’est bien sûr qu’un symptôme d’un problème plus large qui a miné la franchise (ainsi qu’une majorité de la science-fiction grand public) depuis sa création. L’Encyclopedia Britannica définie la science-fiction comme une « forme de fiction développée au cours du XXème siècle qui traite principalement de l’impact de sciences existantes ou imaginées sur la société ou des individus. »

Janice Rand

La science-fiction grand public n’a pas souvent été à la hauteur de cette définition, sauf dans sa signification la plus superficielle. Elle n’a pas considéré le fait historique que les changements d’ordre technologique affectent les conventions sociales et culturelles. Prenons un exemple, la famille nucléaire « traditionnelle » (père, mère, deux enfants ou plus) qui, selon les conservateurs remontent à l’aube des civilisations, est le produit de la révolution industrielle du XIXème siècle. La notion de mariage comme un union basé sur l’amour (au lieu de liens économiques et d’arrangement parental) provient du libéralisme radical du XIXème siècle. À son meilleure, la science-fiction extrapole cette co-évolution de la science et de la société du futur, que cela soit dans l’utopie ou la dystopie. À son moins reluisant, la SF transplante juste nos contemporains et leurs valeurs dans un futur high-tech. Un futur dans lequel – pour emprunter quelques idées des années 50 – « la mère » utilise un robot alimenté à l’énergie atomique pour nettoyer la maison et « le père » se rend à son travail en voiture-fusée.

Quand on en vient à la répartition des rôles, à l’identité et à l’orientation sexuelle des hommes et des femmes, Star Trek a une tendance déplorable à faire partie de la seconde catégorie. Les personnages principaux de la série originale sont trois hommes. Les personnages secondaires consistent en quatre hommes et une seule femme, Uhura, dont le travail se rapproche de la secrétaire idéale, devant s’occuper des coups de téléphone version XXIIIème siècle. Il y a deux personnages féminins réguliers en position de subordonnées : l’infirmière Christine Chapel et le quartier-maître Janice Rand (quartier-maître est un terme de la Navy pour désigner un officier de second rang avant tout responsable du travail de bureau.)

Les femmes de TNG

The Next Generation avait une femme chef de la sécurité, mais elle est morte à la moitié de la première saison, laissant seulement deux personnages féminins travaillant dans des professions médicales. Ce parti-pris traditionnel de la répartition des rôles et de l’identité sexuelle est parfois mitigé par des apparitions de femmes fortes en capitaines, amirales ou scientifiques, mais également renforcé par des stéréotypes. Dans « Coming of Age », Wesley passe un examen d’admission à Starfleet comportant des questions scientifiques. Lui et son ami masculin obtiennent une très bonne note, tandis qu’une fille humaine échoue lamentablement, et se sent obligé de confesser combien elle trouve ce genre de questions difficile. « In Theory » montre Data s’engageant dans une relation amoureuse avec une femme de l’équipage dont l’irrationalité et l’instabilité émotionnelle puisent dans les clichés attribués aux femmes, et « The Perfect Mate » et « Man of the People » montrent des femmes (mais pas des hommes) utilisées en tant qu’objets par les autres.

Les tentatives pour briser la barrière des genres sont timides, peu enthousiastes, espacées et irrégulières. Le polymorphisme sexuel de Q (« Si j’avais su, je serais apparu en femme ») est bon pour les plaisanteries, mais n’a jamais été exploré sérieusement. Le matriarcat de « Angel One » reste une anomalie dans une galaxie largement patriarcale. Lorsque l’amant alien du Dr. Crusher change de sexe, Crusher panique et met fin à la relation abruptement. La prétendue société asexuée des J’Nai a été joué uniquement par des actrices femmes, sous une lumière très négative, et avec une telle ambiguïté que les spectateurs hétéro ne ne se sont même pas aperçu que l’épisode était censé contenir un message anti-homophobie. Dans « Liaisons », un alien mâle travestit en femme s’engage dans une relation amoureuse avec Picard, mais aucune trace d’émotion ne subsiste lorsqu’il reprend sa forme d’origine. Les sociétés aliens avec plus de deux sexes différents ne sont jamais explorées en détail. Dans l’ensemble, les sociétés aliens partagent les mêmes normes sexuelles que l’Amérique de la fin du XXème siècle sur la planète Terre. Ce qu’on retient en particulier : les sentiments, les relations ou les mariages entre personnes du même sexe sont inexistantes ou complètement invisibles, laissant croire aux spectateurs homophobes que, dans le futur, l’homosexualité a été « soignée ».