Mad Men est-elle une série surestimée ?

Mad Men est une série de qualité supérieure à la moyenne, et c’est pour cela qu’elle doit être valorisée. Cependant elle n’est pas parfaite, mais la conjugaison du succès critique et populaire a tantôt fait de la faire passer pour le chef d’œuvre qu’elle n’est pas. Certes, les qualités sont nombreuses, ne serait-ce que le jeu des acteurs, les costumes, les décors, la réalisation et une photo qui nous donne « envie de lécher l’écran » comme le dit pErDuSA. Techniquement, la série fait un sans faute. Mais peut-on en dire autant de l’intrigue et des personnages ?

Tout d’abord : quelle intrigue ? Clairement influencée par les séries HBO1, Mad Men est character-driven, ce qui signifie que les actions des personnages déterminent l’histoire, et non pas l’action qui vient aux personnages, comme c’est le cas dans de nombreuses séries de pur divertissement (dans ce cas, on dit story-driven ou plot-driven). Cette méthode reflète généralement une série se voulant introspective, demandant des efforts aux spectateurs pour s’y investir et les récompenser  ensuite par une psychologie et une réflexion approfondies sur les thèmes de la série. Ainsi, Mad Men n’a pas vraiment d’intrigue à proprement parler, plutôt une trame générale jalonnés de quelques éléments importants, et les changements sont majoritairement causés par les personnages eux-mêmes, rarement par des éléments extérieurs inclus par les scénaristes.

Pour qu’une narration comme celle-là fonctionne, il nous faut savoir les raisons et les motifs qui poussent les personnages à agir. Là encore, la technique utilisée se retrouve chez HBO, mais elle est aussi vieille que la littérature. Il s’agit du show, don’t tell (« montrer au lieu de raconter ») qui consiste à nous renseigner sur les personnages par l’intermédiaire de leurs actions et de leurs dialogues. Mad Men use et abuse de cette technique. Des plans subtiles, rapides nous montre les choses à voir et des dialogues à demi-mots mettent les éléments de l’histoire en place. Seulement voilà, les subtilités de Mad Men sont parfois fines au point de l’invisibilité. Dans leurs approches respectives, The Sopranos et The Wire faisait également la part belle à l’interprétation,  mais celles-ci nous laissaient le temps et les indices pour, tandis qu’il faut au moins deux visionnages des épisodes de Mad Men pour extraire la substance de chaque scène et de chaque dialogue et comprendre tous les tenants et aboutissants, tant ils sont enfouis sous les couches de non-dits.

Certes, cela fait partie dans l’ambiance de la série. Située dans les années soixante, la société de l’époque repose sur beaucoup de tabous et un conformisme social qui commencent à peine à craquer. La pudeur est également l’une des caractéristiques principales de Don Draper. Néanmoins, cela n’excuse pas un certain manque de pédagogie de la part des scénaristes. Ces derniers font en sorte que nous soyons assis dans la même pièce que les personnages, partageant leurs blagues et références, comme si nous étions complices de leurs échanges. Seulement, il arrive parfois que nous ne comprenions pas de quoi il est question et cela produit un décalage avec l’effet voulu par les scénaristes.

Mad Men gagnerait à être un peu plus didactique. Comprenez que c’est l’inverse des critiques que je fais habituellement aux séries des networks, la plupart mâchant le boulot des spectateurs. Mais celle-ci essaie plus de ressembler à ses illustres aînées du câble, au point que cela paraisse un peu forcé. Sous son impeccable maîtrise formelle, la série a quelques ratés au niveau de son écriture, probablement du au fait que Matthew Weiner n’a pas l’expérience d’un David Chase ou d’un David Simon, mais s’en rapproche en tout cas.

  1. Rappelons que Matthew Weiner, créateur de la série, est un ancien des Sopranos. []