Le cachet intellectuel d’Entourage

Entourage est une série surtout connue pour ses fêtes, son ambiance décontracte, ses dialogues percutants, les saillies d’Ari Gold, les névroses de Johnny Drama, le caractère j’m’en foutiste de Vince et son impressionnant défilé de guests et de beautés en tout genre à chaque épisode. Les saisons sont courtes et la durée des épisodes (22 minutes) en fait un show au rythme rapide et facile à suivre. Le cachet HBO est néanmoins présent avec ses scènes de sexe décomplexées et le langage fleuri des protagonistes, mais à priopri, rien ne la compare aux ténors de la chaîne que j’ai mainte fois cités dans mes articles. « Cool » serait l’adjectif qui décrit le mieux la série, et c’est sans doute l’intention de ses créateurs d’en faire une série sympa, sans prise de tête, avec des personnages bien définis qu’on apprécie.

Pourtant, si l’on creuse au delà des apparences, il ne s’agit pas d’une simple série à prendre au premier degré. Il ne faut pas oublier le milieu dans lequel la série évolue : Hollywood, Los Angeles. La ville où une personne sur six travaille dans l’industrie culturelle1. La série traite directement du milieu de cinéma et de la télévision à travers les frères Chase et les personnes qui gravitent autour d’eux. Des fois, on se demande s’il ne s’agit pas plutôt de suivre quatre branleurs dans les quartiers bourgeois de Los Angeles, les guest stars n’étant là uniquement pour attirer l’attention sur une série qui manque de profondeur. Je ne partage pas vraiment cet avis. La série se déroule à Hollywood, et là-bas on peut y croiser des stars tous les jours, puisqu’elles y vivent et y travaillent. L’utilisation de guest stars ne fait que renforcer la crédibilité de la série. De plus, leurs apparitions ne sont jamais forcées, rien dans les scénarios ou la réalisation n’insiste sur le fait qu’il y a quelqu’un de connu à l’écran. Certes, les personnalités invitées jouent leur propre rôle, mais elles sont traités comme des personnages mineures, ils ont généralement une fonction à jouer dans le déroulement de l’histoire et ne sont pas juste là pour faire un gros clin d’œil bien lourdaud aux spectateurs.

E., Vince et Ari Gold.

En nous ouvrant les porte de la maison d’une star de cinéma, nous explorons la production d’un film de A à Z. Rarement un programme ne nous en aura autant appris sur les dynamiques du milieu hollywoodien. Du rôle central des studios aux fonctions définies du réalisateur, producteur et autre producteur exécutif, en passant par toutes les professions nécessaires pour qu’un acteur décroche un rôle (manager, agent, attaché de presse, comptable, coaches en tout genre, etc.), tout y passe. Les renseignements passent comme une lettre à la poste car Entourage n’est ni un drama et encore moins un show pédagogique, mais bien une comédie. Sous couvert de rires, on nage en pleine méta-fiction. La série nous emmène au plus près de la vie des stars, qu’elle décrit assez prosaïquement par ailleurs. Elle le fait sans satire ni exagération2, montre les bons morceaux comme les mauvais, et laisse les spectateurs juger des comportements des personnages — ce qui en fait une série facile à détester pour certains.

Outre ces louanges, il ne faut pas perdre de vue que la série a perdu beaucoup de son attrait lors des deux dernières saisons. L’originalité semble s’être évaporée, et les scénaristes s’évertuent à détruire le capital sympathie de tout leurs personnages, E. et Ari Gold exceptés. Vincent Chase, déjà pas très malin au départ, est devenu un gros boulet remorqué par des amis fidèles qui ne le lâchent pas malgré son absence de gratitude. Il est difficile de deviner jusqu’où va aller cette descente aux enfers, et c’est bien le seul point qui m’encourage à regarder la série jusqu’à la fin.

  1. Andrew Nusca, « Is Los Angeles really the creative capital of the world ? Report says yes. » SmartPlanet, 19 novembre 2009. []
  2. Ari Gold, le personnage le plus over-the-top de la série, est basé sur le vrai agent de stars Ari Emanuel, Entourage – Jeremy Piven on Ari Emanuel (Paley Center, 2006). []