True Blood, la série qui monte

La saison 1 de True Blood m’avait vaguement déçu. Je voyais en elle une baisse de qualité par rapport aux autres séries HBO, qui symbolisait une sortie de l’ « âge d’or » pour la chaîne, que je situe lors de la diffusion simultanée de séries comme The Sopranos, The Wire et Six Feet Under. Le créateur de cette dernière série officiait désormais comme showrunner1 de True Blood. Il avait donc placé haut mes espoirs. Pourtant, en me retrouvant devant les premiers épisodes de la série, j’avais l’impression de me retrouver face à une série de network avec un supplément de violence et de sexe.

La faute incombait principalement à l’horripilante protagoniste, Sookie Stackhouse, donneuse de leçon pleurnicharde qu’on a envie de tarter dès qu’elle ouvre la bouche. Une large partie du temps était dédiée à ses états d’âme, à son amourette avec Bill et au fait qu' »être télépathe, c’est une malédiction ! » Les personnages gravitant autour d’elle se révélaient déjà plus intéressants, mais étaient dilués dans les mièvreries de Sookie et Bill et des intrigues sans lendemain. Des épisodes d’une heure, c’est long, et cela donnait parfois l’impression que les scénaristes faisaient du remplissage. Ajoutons à cela que l’arc principal de cette saison n’avait rien de passionnant, et que la fin ne m’avait nullement impressionné.

Autant vous dire que je ne comptais pas regarder la saison 2. C’est en voyant quelques extraits bien sentis que je me suis décidé à lui donner une seconde chance. Et je n’ai pas été déçu. Certes, le problème Sookie n’a pas été évacuée, elle reste la chieuse qu’elle a toujours été, mais son temps à l’écran a été réduit au profit des personnages secondaires. Ces derniers, recherchés, attachants et prodigieusement incarnés par les acteurs, constituent vraiment l’âme de la série.

Fangtasia
Scène de ménage dans True Blood

On aura donc le droit à un détour hilarant de Jason Stackhouse chez les chrétiens intégristes, l’histoire touchante de Godric et de son protégé, Eric, qui s’affirme comme l’un des meilleurs personnages de la série, la romance entre Jessica et Hoyt, qui paraît beaucoup moins forcé que celle de Bill et Sookie, et surtout : une bacchanale d’anthologie dans le village de Bon Temps.

Comparé à celle-ci, la première saison fait office de brouillon, oscillant entre drama mal équilibré et série B mal assumée. Dans la deuxième saison, les scénaristes ont fait leur choix et opté pour la seconde option. Plus de gore, des orgies et une bonne dose de mythologie populaire, le pari était risqué, mais True Blood s’en ait trouvé grandi. Il s’agit peut-être de la première série avec autant de budget, autant de spectateurs et des scénaristes de talent qui se donne à fond dans le cochon. Mais ce pari audacieux, qui repousserait les limites à chaque épisode, s’est révélé payant.

L’autre amélioration majeure présente dans cette deuxième saison : le rythme. True Blood est très bien rythmée. Les épisodes durent une heure, beaucoup de choses se passent et on finit toujours sur un cliffhanger qui vous fait crier sur votre canapé. L’épisode suivant redémarre exactement à l’endroit où vous avez laissé la série la semaine dernière. On obtient ainsi une unité de temps, des cliffhangers qui relancent l’intérêt chaque semaine, et un arc narratif complet à la fin de la saison, souvent plus gratifiant à suivre que des épisodes disjoints au niveau de l’histoire.

La saison 3 continue sur la lancée de la saison 2, et règle son débit de sang sur 11 pour notre plus grand plaisir. La recette est désormais bien huilée, mais s’essoufflera-t-elle, tant les idées semblent fuser au rythme d’une mitraillette ? C’est la grande question pour l’avenir de la série.

Au final, True Blood n’est clairement pas la série la plus intellectuellement exigeante qu’HBO ait produite — même si elle surpasse encore celles des networks à ce niveau — mais c’est un concentré de fun, appuyé par de bons effets spéciaux et des décors somptueux, le tout se déguste sans remord.

  1. Le showrunner est le créateur de la série et celui qui l’accompagne tout au long de sa production. Il est responsable de tous les aspects créatifs du show et rend uniquement des comptes à la chaîne qui le produit.
    Janice Rhoshalle Littlejohn, « TV’s showrunners outrank directors », Variety, 15 août 2008. []