House M.D., bons et mauvais côtés

Sur Sérialogies, on se fout pas mal de la gueule des networks et de leur obsession pour l’audience qui les encourage à faire des séries de moindre qualité, tout ça parce que le grand public a des goûts de chiottes. Néanmoins, il ne faut pas se priver de nuancer dès qu’on touche à un succès public car, malgré tous leurs défauts, ces chaînes font parfois les choses bien. On pense aux Simpsons , à Twin Peaks ou encore à Star Trek. Tout cela n’est pas très récent, dirons-nous. En effet, de nos jours sur les networks, il faut bien gratter pour trouver une série récente digne de ce nom. House M.D., produite par Fox, en est-elle une ?

D’après moi, toute bonne série se base sur un scénario solide. C’est la colonne vertébrale d’un show télévisé, sans ça, il ne peut rien avoir. Dommage de commencer là-dessus, car ce n’est vraiment pas le point fort de la série. Les histoires à suivre sont très peu présentes et les évolutions entre les personnages sont quasi inexistantes, si l’on exclut bien évidemment les remous du trio House-Cuddy-Wilson. La série en elle-même est ritualisée avec un malade de la semaine présenté dans le pré-générique, situé hors du contexte des personnages récurrents (à la manière des morts de Six Feet Under, mais je n’irai pas jusqu’à dire que c’est pompé dessus). Dans leur extrême majorité, les épisodes reposent sur l’élucidation du cas et se suffisent donc à eux-mêmes. Les choses se mettent à bouger en fin de saison où on a le droit à un bon cliffhanger de derrière les fagots.

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Chaque épisode se déroule à la manière d’une enquête policière, House va chercher dans la maison de ses patients les symptômes et les indices qui lui permettront d’établir un diagnostic différentiel (enquête) débouchant sur un choix de maladies (suspects) dont certaines se révéleront fausses. Un rebondissement inattendu lui révélera finalement LA maladie (coupable) qui pourra ensuite être soignée (ou pas). L’ennui, c’est que cette formule ne change que très rarement. Les scénaristes se démontent le cul pour trouver les maladies les plus improbables afin que la team de House se casse les dents dessus, mais il faut bien avouer que, des fois, putain qu’est-ce qu’on s’en tape du diagnostic ! Je me demande bien d’ailleurs comment un show peut attirer autant de monde alors qu’il est composé aux 3/4 de jargon hospitalier imbittable pour tous ceux qui n’ont pas fait médecine.

Le réponse vient sans doute du personnage de Gregory House, porté à l’écran par l’incroyablement charismatique Hugh Laurie, britannique de son état (d’où sa classe naturelle qui ridiculise nos têtes de français). House est un connard, et pas un connard du genre bourru-au-grand-coeur comme on en voit tant, non, un vrai mec antipathique qui aime se faire détester et dont chaque trait humain qu’il exhibe sera dénaturé dans les minutes qui suivent. En bref : un personnage principal comme on n’en voit jamais sur les networks. La misanthropie de House est vraiment ce qui donne de la moelle à la série. Ses remarques cyniques sur les véritables motivations de ses collègues et de ses patients tapent juste, sont très bien écrites et s’enchaînent à la cadence d’une mitraillette. La quantité de texte attribué à House est impressionnante, d’autant que l’acteur doit le débiter en imitant l’accent américain. Il semble impossible que les scénaristes parviennent à insuffler autant d’idées dans un personnage et on se doute que Hugh Laurie est en grande partie responsable de la complexité de son incarnation1, avec laquelle il partage de nombreux hobbies (moto, piano, guitare…)

Malgré une caractérisation hors du commun, House n’est pas exempt de défaut. La place qui lui est accordé dans les dialogues, le fait qu’il sache tout sur tout et qu’il peut percer n’importe qui à jour fait de lui un personnage larger than life dont la personnalité s’étend de façon tentaculaire, diminuant de ce fait son réalisme. De même, lorsque House est présent dans une scène, il phagocyte totalement les membres de son entourage, souvent réduits à l’état de pantins lui donnant la réplique. Heureusement, il y a les personnalités fortes de Wilson et Cuddy, incarnées par des acteurs suffisamment convaincants pour fournir une alternative sérieuse à House. Les relations qui existent entre les trois sont d’ailleurs en grande partie responsable de l’intérêt que je porte à cette série. Alors que la salut de la série réside dans ce trio, les scénaristes se montrent étonnamment frileux dès qu’il s’agit de passer à la vitesse supérieure dans leurs rapports. Il faut également avouer que, parfois, on a l’impression que les personnages passent plus de temps à se psychanalyser entre eux qu’à développer une véritable relation.cuddy wilson

Mais peut-on en dire autant de son équipe de bras cassés ? Ceux-ci sont inintéressants dès le départ et évoluent très peu au cours des saisons. Et que dire lorsque l’équipe change durant la saison 4 ? On se surprend à trouver les anciens membres bien plus consistants que les nouveaux, qui suscitent les bâillements dès qu’ils ont le malheur d’ouvrir la bouche. La palme revient à Thirteen, bisexuelle mortellement atteinte et antipathique au possible. Son importance hypertrophiée dans la saison 5 a suffi à ruiner pas mal du potentiel de la série. En effet : les scénaristes ont cru bon d’instaurer une romance dont l’alchimie est proche du zéro absolu entre elle et Foreman, l’autre personnage sans intérêt du show.2.

Pour que House M.D. réussisse sur tous les plans, il faudrait en faire un spin-off en saison de 13 épisodes de 25 minutes se concentrant uniquement sur House. Sa team de busards serait laissée de côté, puisque House a montré à plusieurs reprises qu’il n’avait pas besoin d’eux pour diagnostiquer un patient. Seuls Cuddy et Wilson seraient épargnés, et le show  raconterait les interactions entre eux et House. Étrangement, cela vous fait penser à un soap ? Mais oui ! Une fois n’est pas coutume : c’est dans ce domaine que la série excelle !

Je ne pense pas qu’on recréera de sitôt un personnage aussi torturé et marrant que House, voilà pourquoi la série mérite qu’on l’estime. Malheureusement, malgré les efforts démentiels de Hugh Laurie, une série ne peut éternellement se reposer sur un seul personnage, et lorsque tout ce qu’il y autour n’en finit pas de se dégrader, comme dans la saison 5, elle devient de plus en plus difficile à regarder.

  1. http://www.dailymail.co.uk/femail/article-1042886/Is-Hugh-Laurie-new-George-Clooney-The-House-actor-hes-set-pulses-racing-TVs-moodiest-medic.html []
  2. http://featuresblogs.chicagotribune.com/entertainment_tv/2008/12/house-laurie.html []