Showtime et AMC : la relève face à HBO ?

HBO ne détient plus le monopole des séries télé de qualité. Au cours des dix dernières années, de nouvelles chaînes ont émergé avec pour objectif de se démarquer de la concurrence des networks. La première d’entre elles fut Showtime. Lancé en 1976, la chaîne a commencé à s’investir dans les séries à partir de 1997 avec Stargate SG-1 (et oui, à la base, les responsables de cette daube, ce sont eux). La chaîne, obtenant quelques succès critiques dans les années 2000 avec des séries comme Queer as Folk ou Dead Like Me, décide de s’orienter vers des séries « à la HBO » pourrait-on dire, qui font un usage conséquent de sexe, de vulgarité et de provocations. Elle plonge également tête la première dans les sujets qui titillent : homosexualité avec Queer as Folk et The L Word, gros joints avec Weeds, serial killing avec Dexter…  Toujours en essayant de donner un cachet esthétique supplémentaire à ses séries grâce à des génériques et une réalisation plus soignés que la moyenne.

3360_dexterSeulement voilà, en voulant trop jouir de ses privilèges de chaîne câblée – sexe, sang et merde – Showtime a vendu son âme. Une série comme Californication, dont on a aimé la première saison parce qu’elle était trash, progressiste, grossière et dotée d’un personnage haut en couleur (David Duchovny version écrivain post-moderne U.S.), déçoit lors de sa deuxième saison car elle se contente juste d’être plus trash, encore plus grossière et progressiste jusqu’à l’absurde, oubliant au passage de rendre les personnages consistants (Lew Ashby, pfffrt) et d’apporter une cohérence à l’intrigue.

Le même mal semble avoir frappé la dernière née de Showtime, Nurse Jackie, qui, après un pilote prometteur, fait du surplace et se complaît dans ses saynètes estampillées « rire-ici » sans vraiment expliquer l’étrange vie que mène sa protagoniste (interprétée par Edie Falco, dont le talent est ici gâché par des scénaristes un poil prétentieux).

L’exception reste Dexter qui, malgré quelques signes d’essoufflement lors de sa troisième saison, est un divertissement en béton armé, bien dosé, doté d’un scénario dont la maîtrise est à pâlir d’admiration. Showtime reste néanmoins frileux dans son exploration du bien et du mal, car même si Dexter est un serial killer, il ne tue que des « méchants » et reste au fond un jeune homme bien sympathique. Aucune surprise ici : on est forcé de l’aimer. La chaîne a retenu beaucoup des enseignements d’HBO mais n’atteint pas encore son audace. Le style et les thématiques sont là, mais il reste encore à faire pour véritablement défrayer la chronique.

18962708_w434_h_q80AMC, en revanche, a tapé très fort ces trois dernières années. Lancé en 1984 et conçue à la base comme une chaîne diffusant des classiques du cinéma des années 50, American Movie Classics s’est complètement renouvelée dans les années 2000 en étendant ses activités à la diffusion de films actuels et à la production de séries télévisées. Avec Breaking Bad, la chaîne a rapidement su trouver un angle et un ton qui arrivent à surpasser toutes les séries HBO du moment. L’ambiguïté morale est ici à son paroxysme, car on parle d’un personnage qui viole pratiquement toutes les règles établies pour des motifs nobles à la base, mais dans la poursuite de ses actions, on en vient à se demander si la fin justifie vraiment les moyens.

A la pointe des plumes laudatives des critiques se trouvent également Mad Men, une représentation du milieu de la pub dans les années 60 qui, ma foi, réussit bien son coup. Le glamour que l’on attribue d’ordinaire à ces années est absent, remplacé par la réalité des préjugés raciaux et sexuels de l’époque et des personnages sombres et intrigants à souhait.

Comment expliquer qu’en seulement trois ans, AMC réussisse mieux que son compère Showtime en dix ? Il ne s’agit pas d’une question d’audience, car les deux chaînes attirent à peu près autant de téléspectateurs. Je serais tenté de dire que Showtime cherche plus à faire la nique à HBO en développant des séries concurrentes des grands succès de son maestro (Brotherhood pour The Sopranos, The Tudors pour Rome…) plutôt que de miser sur des territoires inconnus comme AMC semble le faire. Être une petite chaîne avec un peu plus d’audace que les autres finit par payer auprès de la critique.